Une dizaine de ministres présents à cette rencontre (Agriculture, Administration territoriale, Action sociale, Habitat et urbanisme, Transport, Economie et Finances, culture et Tourisme, Enseignement de base, etc.) ont chacun fait le point de la situation sur le terrain en ce qui concerne leurs domaines de compétences et d’intervention, des actions mises en œuvre ou à mettre en œuvre dans la gestion de la crise.
La situation provisoire au 24 juillet 2010 présente plusieurs dizaines de villages inondés, de grandes superficies de champs de culture totalement inondées, des ouvrages hydrauliques détruits ou fragilisés, plusieurs maisons individuelles et infrastructures collectives complètement détruites, des milliers de sans abris obligés de quitter leurs villages pour se réfugier dans les écoles ou dans d’autres structures d’accueil encore disponibles. Certaines écoles sont d’ailleurs totalement inondées.
En effet, selon le Ministre de l’Administration territoriale, Clément Sawadogo, les quantités de pluie tombées dans les deux Régions du Centre nord et de l’Est ont été très importantes et concentrées dans un temps assez court. Le volume et la pression des eaux enregistrées dans les barrages a entraîné la rupture de certains ouvrages, notamment les barrages de Tougouri et de Yalgo, ce qui a provoqué les inondations de certains villages dans la Région de l’Est, notamment Bilanga et Mani.
Le Ministre Laurent Sedogo qui a pris la mesure des dégâts avec ses techniciens sur le terrain, a indiqué l’urgence de prendre des mesures pour retenir les eaux dans les barrages et éviter que d’autres problèmes ne surviennent plus tard avec la non disponibilité suffisante de la ressource pour les populations. Il a souligné que des travaux de colmatage seront nécessaires et a indiqué que l’Agence d’Exécution des Travaux Eau et Equipement Rural (AGETEER), sera mis à contribution dans ce sens.
Selon le Ministre de l’Action sociale, Pascale Tamini, 8 communes sur 28 ont été frappées par cette catastrophe, avec 54 villages touchés et 672 ménages sinistrés. Pour ce qui est des champs de culture, les premières évaluations font ressortir plus d’une trentaine d’hectares inondées. Elle a souligné que sur le terrain, des dispositions ont été prises pour les premiers secours et les prises en charge d’urgence. Elle a toutefois souligné que des problèmes existent du fait de l’inaccessibilité de certaines zones. Les services de l’action sociale sur le terrain sont confrontés à ces problèmes qui ne leur permettent pas de déployer dans la célérité leur dispositif de ravitaillement et de prise en charge des populations sinistrées.
Les sapeurs pompiers qui sont sur le terrain pour venir en aide aux populations sont en état d’alerte maximum en cette période cruciale où les besoins sont importants et où la situation d’ensemble n’est pas encore totalement appréhendée. C’est d’ailleurs pourquoi, le Premier ministre Tertius Zongo qui a véritablement pris la mesure de l’état de la situation, des urgences en la matière, des actions diligentes nécessaires à mettre en œuvre a souligné qu’une équipe gouvernementale sera dépêchée sur les lieux dès le dimanche 25 juillet, avec le soutien de l’armée de l’Air pour mieux appréhender la profondeur de la crise.
Le Premier Ministre Tertius Zongo fait le point à la presse
A l’issue de cette rencontre de cabinet, le premier Ministre Tertius Zongo s’est prêté aux questions de précision de la presse sur la crise.
« Nous avons fait le point de ce qui s’est passé dans les deux grandes régions, le Centre nord et l’Est suite aux dernières pluies qui ont fait un certain nombre de dégâts et nous avons relevé qu’il existe un certain nombre de préoccupations. Depuis la survenue de cette crise, nos représentants dans les régions que sont les gouverneurs nous ont fait le point. Les représentants du Ministère de l’Action sociale, chargés des secours d’urgence nous ont également fait le point.
Nous avons commencé à acheminer les secours d’urgence. Nous avons dans le cadre des interventions de première nécessité déjà envoyé des vivres, du matériel de couchage, etc. Cependant, les problèmes que les secours d’urgence rencontrent en ce moment sont surtout liés à l’inaccessibilité des zones. Comme vous avez dû l’apprendre, un certain nombre de personnes sont obligées de quitter la terre ferme pour rechercher refuge sur les collines.
Nous avons décidé de solliciter l’aide de l’armée de l’Air. Il nous faut des moyens héliportés pour avoir accès à certaines zones. Une équipe gouvernementale sera sur les lieux avec l’appui de l’armée de l’Air. Les sapeurs pompiers sont déjà sur les lieux, mais compte tenu de la configuration du terrain, il importe d’identifier avec eux leurs besoins en matériels additionnels à même de leur permettre de faire leur travail. Nous avons également évoqué les questions d’assainissement et de santé, parce que pour des évènements de ce genre où les populations sont regroupées en nombre, il existe des risques sanitaires.
Nous allons voir avec le Ministère de la santé comment déployer les services en vue de traiter de cette question. Nous n’oublions pas les problèmes de sécurité. Nous allons avec le Ministère de la Défense et le Ministère de la Sécurité voir comment renforcer les mesures de sécurité autour des différents sites.
A ce jour, la situation semble être sous maîtrise. Nous déplorons malheureusement une perte en vie humaine. Je voudrais au nom du gouvernement présenter nos condoléances à la famille éplorée pour cette victime qui a voulu sauver des personnes en danger, mais qui a été malheureusement emporté par les eaux. Nous voulons également affirmer la solidarité du gouvernement à tous ceux qui sont dans des difficultés. Je salue la mobilisation spontanée des populations sur place et les félicite pour le soutien qui a été mis en place en faveur de ceux qui ont tout perdu. C’est en entretenant cet élan de solidarité que nous allons arriver à régler ces crises. Aujourd’hui, ce qu’il nous faut, c’est de mettre en place des équipes d’alerte et d’observation. Le phénomène semble être récurrent. Il faut que nous soyons vigilants le reste de l’année. Au niveau de chaque région nous avons le conseil régional de secours d’urgence. Ces structures ont beaucoup plus un rôle de secours d’urgence. Ce n’est plus suffisant.
Il faut qu’il y ait un rôle d’alerte, qu’on surveille, qu’on voit toutes les zones qui sont susceptibles d’être inondées et quelles sont les dispositions à prendre pour que toutes les forces soient mobilisées, aussi bien du côté de l’administration des ONG, que de tous ceux qui œuvrent dans la région pour que chacun puisse apporter sa contribution chaque fois que de besoin. Les hauteurs d’eau étaient très importantes et atteignaient même parfois 230 mm. C’est beaucoup. Les changements climatiques sont tels qu’aujourd’hui il ne faut jurer de rien. C’est pourquoi, il faut prendre les dispositions.
Il faut que chacun prenne conscience. Le gouvernement seul avec les structures étatiques, quelque soit notre bonne volonté, a besoin de la collaboration des populations et des autres structures pour nous assurer que même en cas de survenue d’une situation comme celle du 1er septembre 2009, le problème peut être pris en charge. Les situations comme les inondations du 1er septembre, ne relèvent pas de notre compétence. Ce n’est pas quelque chose que nous pouvons prévoir. Ce que nous pouvons par contre gérer et prévoir, c’est que notre comportement et nos attitudes nous permettent si il y a un 1er septembre qu’on arrive à nous en sortir avec le moins de dégâts possibles ».
